Le Monde (23/11/13)

 

 

 

Révoltés de l'impôt : "Pourquoi ils nous

 

matraquent comme ça ?"

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SOURCE : http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/23/revoltes-de-l-impot-1-3-pourquoi-ils-nous-matraquent-comme-ca-on-ne-compte-pas-pour-eux_3519194_3234.html

 

Pauline Vincent

 

Bruno Vincent fait dans le pétrole mais pas dans l'or noir. Il installe des cuves de fioul, des pompes et des citernes. C'est pas à Dallas, c'est à Bousies, près de Valenciennes. Il a 54 ans, quatre employés et 400 000 euros de chiffre d'affaires. Dans le monde de l'entreprise, il est un "petit", comme il dit, non sans fierté. Il trime depuis ses 17 ans et son CAP d'électromécanicien. "Je ne suis pas un grand diplômé." Mais un gros bosseur, ça oui, avec des journées qui commencent à 5 heures et s'achèvent à 20 heures.

 

 

Ce jour-là, il porte un vieux jean et un pull de camionneur où s'est accrochée une toile d'araignée ramassée quelque part, certainement pas derrière un bureau. Quand il explique à un employé au téléphone une histoire de bras de levage ou à un client l'emplacement des fusibles dans un camion-citerne, on croit entendreLino Ventura dans Les Tontons flingueurs. Il a d'ailleurs la carrure de l'acteur et son visage de battant, avec des yeux bleus et déterminés qui n'ont pas l'habitude de se baisser.

Pourtant, le bonhomme envisage de fermer boutique l'année prochaine. Finie, peut-être, la SMPC, après dix ans d'existence. "Avec les charges, je m'en sors plus." Son chiffre d'affaires, monté à 780 000 euros en 2008, a baissé de moitié depuis, sans que les cotisations et autres impôts suivent la même pente. Forcément, le bénéfice a fondu : 11 000 euros en 2012, sur lequel l'Etat a ponctionné une dernière dîme, qui a achevé de fâcher"Pourquoi ils nous matraquent comme ça ? On ne compte pas pour eux. Il n'y en a que pour le CAC 40." Bruno Vincent avait lancé une précédente entreprise en 1991 dont il avait revendu les parts en 2001. "A l'époque, les charges, ça n'avait rien à voir, elles étaient deux fois moins élevées qu'aujourd'hui."

Pauline, 23 ans, qui s'occupe de la comptabilité de son père, abonde dans son sens, et pour cause : elle signe les chèques et les virements. "C'est le rouleau compresseur fiscal, dit-elle. Nous sommes rackettés. On nous pompe jusqu'à l'os. On morfle au bénéfice de gens qui peuvent se défendre. Ils ne prennent pas aux gros, bien sûr, car ils ont peur qu'ils se barrent dans d'autres pays. Ils prennent aux petits comme nous. Avec un ou deux salariés, ils ne craignent pas de manifestations si on ferme."

Lire aussi les autres portraits (édition abonnés) :  "Nous, on porte la voix des petits" ; "Il faut casser le monopole de la Sécu"

LA TÊTE DANS LE GUIDON

Les sangsues portent des sigles : RSI, ISU, CFE, IS. A écouter la fille, ces organismes sont des ogres jamais rassasiés, des Minotaure qui se cachent dans des dédales de bureaux et des arcanes juridiques. En tête de sa détestation, au faîte de l'engeance, le RSI, le régime social des indépendants, leur Sécu pour fairecourt, née en 2006 de la fusion de plusieurs caisses. "On nous a dit que le nouveau système fonctionnerait mieux, mais c'est pire qu'avant."

Il y a un an, les Vincent ont ainsi constaté un trop-perçu du RSI, à hauteur de 18 000 euros. Impossible depuis de se faire rembourser. Pauline a appelé et rappelé, trimballée des heures durant d'un service à l'autre. Elle a dépensé une fortune en 0800, le numéro surtaxé. Un jour, excédée, elle a tapé "Arnaque RSI" sur un moteur de recherche. Elle est tombée sur l'association Sauvons nos entreprises, créée en 2010 par un artisan en faillite. Elle a appelé. Le discours au carré lui a plu. Elle est devenue responsable de la section Nord-Pas-de-Calais et a embarqué son père dans la fronde.

Pauline Vincent a organisé trois manifestations dans sa région. Ils étaient trois à la première et 180 à la deuxième. Comme avis de passage au siège du RSI, quelques oeufs qui ont moucheté la façade. Son père regrette qu'il n'y ait pas plus de monde. Les indépendants n'ont pas le temps de se révolter. Ils ont la tête dans le guidon. Plutôt que de se battre pour que les charges baissent, certains préfèrenttricherfaire du noir, sans quoi ils sont voués à la mort. Une manifestation nationale de Sauvons nos entreprises est prévue le 27 février, sans doute à Bercy. Puisque les ministres refusent de venir à eux…

DROITE ET GAUCHE, LA MÊME RACE DE GABELOUS

L'association, qui revendique 1 000 membres, se dit apolitique et asyndicale. Pauline Vincent ne se sent pas représentée par les grandes instances professionnelles, comme la Confédération générale des PME (CGPME). La jeune femme éprouve une égale méfiance envers les "poussins", "pigeons" et autre "tondus", ces collectifs sortis du néant pour porter la parole des "matraqués fiscaux". Elle les juge instrumentalisés.

Les Vincent voient dans la gauche et la droite la même race de gabelous. La droite a remplacé la taxe professionnelle par la cotisation foncière des entreprises (CFE). "Depuis, on paye quatre fois plus", assure Bruno Vincent. Le RSI aussi, c'était la droite. "Hollande avait promis de réformer le système pour nous appâter. Certains y ont cru, mais rien ne se passe. Il a menti. Au contraire, il augmente encore la pression sur nous."

Entre deux diatribes, Pauline et Bruno vont et viennent dans la vaste salle de La Charmille, un restaurant-dancing-guinguette sis à Avesnes-les-Aubert, près de Cambrai. Ils font l'inventaire des verres et coupes de champagne, tandis que MmeVincent mère passe la serpillière. Ils ont acheté ce lieu un peu vieillot la semaine précédente, ont bon espoir de le relancer. Deux cents personnes sont attendues le jeudi suivant, trois cents le dimanche.

Ils sortent à peine de la paperasse administrative, qui n'a fait qu'accroître leur courroux. Il a aussi fallu tordre le bras d'une banque pour qu'elle leur prête 150 000 euros. Trois ont refusé tout net. "On disait que notre projet était trop ambitieux. Qu'est-ce que ça veut dire ? Il en faut bien, de l'ambition, pour reprendre une affaire."

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